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Vis ma vie de marginal – Echo Park, L.A.

L.A. ce ne sont pas que des belles gosses toutes riches et lesbiennes. C’est aussi la guerre des gangs, la pauvreté, les communautés ultra refermées sur elles-mêmes, avec leurs lois, leurs règles. Leur intolérance, leur ségrégation.

L.A., c’est foutu.

Echo Park, quartier latino de L.A. Dans la communauté mexicaine, comme dans toutes les communautés, les traditions y sont fortement ancrées. A 15 ans, les filles fêtent leur entrée dans l’âge adulte. Elle est maintenant femme et devra apprendre à être épouse. Evidemment, elle doit restée vierge jusqu’au mariage.

C’est un tremblement de terre qui ébranle la petite famille de Magdalena quand elle apprend que celle-ci est enceinte alors qu’elle va célébrer sa Quinceañera. Mais l’épicentre du séisme est très certainement Magdalena elle-même qui, si jeune, et alors qu’elle aura pris ses précautions, se retrouve enceinte et jetée hors de chez elle par un père trop puritain et trop croyant. Heureusement, elle est alors recueillie par el Tio (oncle) Tomas, vieillard solitaire qui trouve réconfort dans son jardin et dans sa recette secrète qu’il distribue dans tout le voisinage dans lequel il est une célébrité. Elle y retrouvera son cousin Carlos, rejeté lui aussi par sa famille (et certainement par son gang) en raison de son homosexualité.

La représentation de la marginalité

Que ce soit Magdalena ou Carlos (ou même el Tio Tomas), tout deux assument parfaitement leur différence. Certes, ce n’est pas facile tous les jours, mais ils sont courageux malgré leur jeunesse. Ils ont entre-eux des rapports fraternels, mais s’entraident finalement. L’histoire n’est pas très joyeuse, mais les personnages garderont toujours espoir.

La rencontre de Carlos avec les nouveaux voisins, le couple gay Gary et James me laisse plus…circonspecte…
[SPOILERS] Il faudra qu’on m’explique pourquoi le couple gay doit-il toujours être riche, blanc, dans le showbiz, jeune, et libertin. Si on rajoute que en plus de toutes ces…qualités… ce sont eux qui viennent perturber le petit coin de paradis que Magdalena et Carlos avaient trouvé chez l’oncle Tomas, ils finissent par être complètement antipathiques. Au moins pour un d’entre-eux. Non les deux en fait. Ils sont vraiment irrattrapables. Le couple de gay du showbiz représente aussi l’arrivée des riches blancs dans le quartier pauvre latino de Echo Park. Ce sont eux qui font monter les prix de ce quartier et empêchent les gens moins à l’aise financièrement de se loger décemment. [/SPOILERS]La thématique fort intéressante de la mutation d’un quartier pauvre en quartier à la mode est donc aussi abordée dans ce film très complet, sans être ennuyant ou moralisateur.

Alors oui, les personnages gay ne sont pas toujours parfaits, les bons samaritains, les héros du film. Mais bon, après tout, c’est pas parce qu’on est gay qu’on est gentil hein. Et puis ma charmante lionceau-d’argent m’a dit que j’allais trop loin, que je cherchais la petite bête et que je m’insurgeais pour rien.

Bonjour Monsieur Jesse Garcia ! Tou a lé tétonnes qué pointé 8)

Ceci est un BON film.

Je n’ai rien de particulier à dire sur ce film en fait. J’ai même hésité à en fait un article. Mais j’en fais sur des choses plus infâmes que ça, alors autant faire de la pub pour quelque chose de qualité, pour une fois. Oui, c’est un bon film. Je le conseille fortement. Je pense qu’on pourrait même en faire l’achat sans le regretter et le revoir avec plaisir. Certes, il n’est pas joyeux (ma spécialité est de choisir des films tristes à voir, je suis une pro pour ça…), mais il est bon. Il ne pleurniche pas, mais on verse une petite larme. Il montre une culture mexicaine kitch, sans que ce soit ridicule. Il ne verse jamais, lui, dans le stéréotype. Ok, il y a le jeune latino bad boy super mignon (vraiment super mignon, très sexy…tout comme le couple gay d’ailleurs), mais il n’en surjoue jamais. Ce n’est pas un film d’action décervelé, mais on ne s’ennuie jamais et on arrive à la fin sans goût de trop peu.

La seule mini critique qu’on a émise c’est qu’on ne sait pas vraiment ce que les héros deviennent. On peut seulement l’imaginer, et encore. Mais rien qui ne gâche le plaisir.

Merci encore Yagg de nous avoir fait découvrir ce film, que je n’aurais pour le coup jamais connu sans vous ! Nous remercions aussi Epicentre Films, et leur petite lettre qui accompagnait le DVD, ça fait toujours plaisir. Le packaging est d’ailleurs très sympa. Le film n’est pas doublé en français, mais la VOSTFR est de très bonne facture, et le spanglish (ou mélange de anglais et espagnol) se suit très bien.

Attends, merde, on s'est plantées de chaîne !

Ce film a remporté le Grand Prix du Jury et le Prix du Public au Festival de Sundance en 2006 ainsi qu’un GLAAD Media Awards dans la catégorie film à distribution limitée en 2007.

De la Prison ruinée, de Brigitte Brami

Il était temps, je m’en excuse, voila enfin ma critique de La prison ruinée, essai publié aux Editions Indigène dans la collection Ceux qui marchent contre le vent. Merci encore à Yagg, je promets de mieux faire, enfin plus rapidement, la prochaine fois !

Présentation de la chose

Nous avons un petit bouquin, léger, qui tient facilement dans la poche, pratique ! Une trentaine de pages, couverture molle, peut-être un peu fragile mais bon vous allez pas jouer au foot avec non? Un bouquin, même à 3€, ça se respecte !
Dans cette collection, on trouve aussi le bouquin Indignez-vous que j’ai très envie de critiquer mais je le ferais pas car je ne l’ai pas lu, et c’est mal.
Bref, j’avais un peu peur.
Finalement, et avant de commencer à entrer dans le vif du sujet, sachez déjà que ce livre se lit assez rapidement. Faut dire, il est court (c’est pas du tout négatif hein). Maintenant j’aurais du mal à le lire en une fois, tout de même, essai oblige, sans doute, moi je préfère les histoires, j’ai plus l’habitude.
A la première lecture, soit j’avais un a priori très négatif, soit c’était euh l’effet première lecture, je ne sais pas, mais j’avais pas trop apprécié. Je vous dirais pourquoi par la suite. Je viens de le relire vite fait pour pas dire de bêtise, lecture moins attentive, mais beaucoup plus agréable.
Globalement bien écrit, le style est littéraire mais réel, parfois proche de l’oral et plus cru quand il s’agit de décrire des situations vécues, des anecdotes…

« Liberté, monument encore en construction… »

Pour cet article j’ai encore une chanson en tête, ça vous fera un peu de musique, toujours du rap français à texte, du parisien aussi tiens (faudra que je pense à changer de temps en temps), on commence par l’intro slammée par John Banzaï & Souleymane Diamanka, et ça c’est du vrai bon slam Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs :

Et pour le rap qui suit merci d’aller sur le MySpace du groupe Puzzle et d’écouter Si t’as pas d’pays. [pour celles et ceux qui préfèrent l’image, il y a un live avec un son correct , mais vous avez pas le début de la chanson, malheureux !]

Parlons des trucs désagréables comme ça ce sera fait

Réflexions posées sur le papier, j’ai eu l’impression que ça manquait parfois de plan, de cohérence, on passe d’un sujet à l’autre au grès des pensées de l’auteure. Ca a un côté « faut suivre » et un côté « se laisser porter par les flots (le flow?) » plus agréable. Les jeux de mots sont parfois faciles, parfois ils relèvent de la poésie (à la hauteur d’un bon rap, et vous savez comme j’estime le rap) (ne vous inquiétez pas, je ne ferais pas métaphore filée avec le rap pendant toute ma critique uhuh).
Les citations. Sont-elles de trop? Servent-elles la parole de l’auteure? Et les remerciements à des gens, figures de la littérature, de la bonne comme de la « moins bonne » (tout est relatif)? Les titres en « De le/la… »? Ce livre pourrait presque passé pour une oeuvre assez prétentieuse. Je me souviens que ça m’avait gênée à la (fameuse) première lecture. Sans doute s’agit-il, finalement, et simplement, d’un bel hommage.
La poésie des écrouées. On en parle beaucoup, j’aurais aimé en lire plus, je suis un peu restée sur ma faim. Je me rends compte que ce n’est pas exactement le propos de l’auteure, si je veux lire de la poésie, que je me contente de mes chansons de rap et des rares bouquins de « poésie carcérale » publiés.

Le truc qui m’a mise le plus mal à l’aise, et bien c’est…j’hésite à employer le mot, peut-être est-il trop fort? C’est la haine du Bourgeois Blanc. L’auteure livre ici une expression de ses pensées, et elle ne va certainement pas les nuancer pour nous. Que ça vous plaise ou non, c’est sans concession. Parfois je me suis sentie visée (après tout ne suis-je pas une Blanche un peu bourge?). Parfois je me suis sentie en accord avec ses paroles. Lors de la seconde lecture, le sentiment désagréable que j’en avais a pratiquement disparu. Cet essai est une belle critique de notre société et de ses inégalités.

Eloge de la prison, mépris de la société de consommation

Je résume, la réflexion est plus profonde, mais en gros la prison est dépeinte comme un lieu où nous pouvons atteindre la « vraie » liberté. Plus de temps chronométré, le temps passe, et c’est tout. Pas de place, de rôle préétablis dans lesquels il faut se conformer. Plus d’armes de distraction massive, de ferveur de la consommation. Plus de liberté sous surveillance. Le corps est contraint, mais l’esprit est libre. Sans toutes les contraintes que nous impose la société, l’individu peut alors se consacrer à lui et à ses grandes oeuvres (les grands auteurs qu’on n’aurait pas forcément de lire, les bouquins à écrire…).

Là encore, pauvre nous, qui n’avons pas eu la chance, limite le bonheur, d’avoir été incarcérés, nous sommes la cible de cette critique un peu rentre-dedans. Victimes et bourreaux de cette société, nous consommons en nous y perdant. En plus d’être un peu pédant par moment, j’y ai ressenti un brin de « moralisation » qui m’ a aussi un peu dérangée. Pardon d’être née Blanche, dans un environnement plutôt aisé, d’avoir vécu à Versailles, ai-je envie de dire à la fin de ma première lecture. Ca me rappelle les discours LGBT et féministes parfois si extrêmes que le mâle Blanc hétéro écope de toute la culpabilité du monde. Bonjour Atlas, ça va, pas trop lourd?

Le dernier truc que j’ai moyennement aimé, c’est un peu la victimisation de l’auteure. Je m’y connais pas trop en littérature, un essai, ça doit rester objectif? Je ne sais pas. Je ne connais pas Mme Brami, ni son histoire (mis à part ce qui est relaté dans le bouquin). Mais je trouve ça dommage de discréditer un peu son livre en criant à son innocence « ontologique » (mouais bon ok…) et à l’injustice.

Sentiments exacerbés

Mais finalement ce qu’on retient de cet essai, et ce que j’ai vraiment ressenti à la 2ème lecture, c’est la solidarité. La multiculturalité, où l’opposition des différentes parties de la population n’existe plus, tout le monde ou presque est au même niveau. On dépasse les différences.
J’ai aussi beaucoup aimé le passage où Brigitte Brami relate sa relation avec Sonia. J’ai trouvé ça beau et vrai. Ca m’a touchée, un peu.

La prison, mal nécessaire de notre société?

L’auteure pose de vraies questions, philosophiques et sociales. Philosociales? La prison, c’est mal, on est tous d’accord, maintenant pouvons-nous vraiment nous en passer? J’ai trouvé ça un peu abusé de comparer ça à l’esclavage, ça m’a même révoltée, à vrai dire. Mais bon, passons. On a dit que ce bouquin était sans concession.
Qu’est-ce qui sépare une écrouée d’une surveillante? Qu’est-ce qui fait, qu’un jour, tout bascule? La vie est capricieuse. Il s’agit parfois d’un rien. Cette fragilité du fil de la destinée (tsss, je n’y crois pas, mais imaginons), qui vacille, qui nous fait passer de Roi à mendiant, est formidablement abordée.

Conclusion : tu n’oserais pas tout de même?

Si, j’ose, dans ce bouquin tout est affaire de culot. J’ose comparer ce livre à Sucker Punch, je suis comme ça moi, hop, je fais des grands écarts, je mets le cinéma au même rang que la littérature, je compare un film d’action geek à un essai sur la prison et la liberté. Et je m’en explique, quand même : cet essai c’est un message. Un message à tout le monde déjà : essayez d’être libres et heureux. Entre les murs, ou dehors. Et un message à ses anciennes camarades : faites tomber la prison. Ruinez-la. Aimez-la. Tout comme Babydoll imagine un univers plus « glamour » que son hôpital psychiatrique avec un bordel, un bordel dans lequel elle et ses compagnes auraient un certain pouvoir, le pouvoir de se libérer, Brigitte Brami offre ce même pouvoir de l’imagination à ses camarades.

Après tout, je vous rappelle la punch line de l’affiche : « La réalité est une prison. Votre esprit est la clé »

« il faut montrer patte noire pour y entrer » p.27 : tout le monde n’y entre pas ! C’est réservé à certaines privilégiées, tout comme dans le bordel où se retrouve Sucker Punch.
« Le bonheur? Je le reconnus à chaque fois qu’une jolie phrase fût prononcée ; que deux détenues se serrèrent l’une contre l’autre… » p.29 : ne soyez pas surpris, dans le livre le bonheur se confond avec la liberté, ces 2 notions si proches, si liées…existent aussi dans Sucker Punch où les liens si forts entre les héroïnes leurs apporte un bonheur qu’elles n’avaient plus.
« à chaque fois qu’une femme exprimait son refus, s’extirpant ainsi de l’image figée, fixée, statique, immuable et mortifère de prisonnière qui la réifiait ; un combat était gagné » p.29 : la danse de Babydoll peut être vue comme une métaphore de ce mouvement mental (car je le rappelle on ne la voit jamais danser physiquement !) qui libère de la condition de la prisonnière.
« Les surveillantes […] deviennent des domestiques » et vous êtes « à l’instar des plus grands de ce monde » p. 21 : Babydoll devient une star dans le bordel. Et les héroïnes réussissent (presque) à obtenir tout ce qu’elles veulent du personnel de la maison clause et de ses clients.
« c’est ainsi qu’on devient écrivain à l’instar de Jean Genet, ou d’Albertine Sarrazin qui refusèrent de se laisser raconter par d’autres qu’eux-mêmes. » p.22 : les héroïnes de Sucker Punch, en imaginant les univers parallèles qui jalonnent le film racontent leur histoire à leur manière également.
« …contre leur corps, mais elles resteront intactes dans leur intégrité, car « les gens normaux » – ou plutôt normés – ne les intéressent pas, tandis qu’eux restent fascinés par elles, dans une dynamique d’attirance-répulsion. » p.14 : tout comme les héroïnes de Sucker Punch, si elles donnent leurs corps, elles ne donnent pas leurs âmes (hou, comme c’est beau !), et obtiennent en échange quelque chose, contrairement aux Bourgeois ou clients du bordel-hôpital psychiatrique qui n’obtiennent rien.

L’auteure n’est pas naïve, elle sait que c’est une imposture, mais pour elle, il faut répondre à l’imposture de la prison par une autre. Et elle précise aussi que ce bouquin, c’est ce qu’elle a vécu, elle dit bien que ce n’est pas forcément l’expérience de chaque femme incarcérée et encore moins de tous les écroués en général. C’est un témoignage et un message fort.

Voila, je vous remercie de m’avoir attendue jusque là.

PS : La prochaine fois je vous ferais une leçon sur Comment changer d’avis du tout au tout sur un bouquin, Comment réaliser 2 critiques en une et Comment essayer de réhabiliter un film qu’on a jugé sexiste 😀
PS2 : Si vous insistez et que j’ai le temps, je pourrais éventuellement réaliser une critique plus complète de Sucker Punch. Ce film le mérite.