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A mes chevaliers blancs

Vendredi, déchaînement des anti-mariage. Comme @GoldenM, tractage, stickage et affichage massif dans ma fac, mais aussi dans « mes villes », Versailles et Saint-Quentin.
Mais cette fois-ci, j’ai aussi vu mes amis associatifs et syndicalistes (faut-il que je précise le syndicat étudiant en question?) se mobiliser encore plus massivement contre eux. Ils ont sillonné Saint-Quentin, en quelques heures, il ne restait plus de sticker, ni d’affiche.
Quant au tractage, ils ont tout simplement trollé les haineux, les empêchant de distribuer leurs déchets. Ils se sont également fait passer pour des alliés, venus distribuer eux-aussi des flyers. Puis, ils les balançaient ostensiblement à la poubelle, en les traitant d’homophobes et de fachos.
Enfin, un mec est sorti de la BU, furax. Il est allé s’acheter une canette de coca, pour la déverser sur la tête, les vêtements et les tracts de la chefthaine des tracteurs qui tenait le piquet devant la BU, avec pancarte, que mes potes ont pétée.

Cet article, je l’écris un peu pour témoigner, pour redonner un peu d’espoir à mes amis blessés. Je l’écris aussi pour remercier mes amis et collègues associatifs, ainsi que les étudiants engagés politiquement pour une société meilleure, plus égalitaire. Enfin je l’écris pour leur rendre un maigre hommage. Je n’ai pas forcément le temps de faire pareil qu’eux, mais surtout, je n’ai pas le courage, le culot pour le faire. La résistance civile, c’est quelque chose que j’apprends, peu à peu. J’ai commencé à me forger une conscience, j’ai beaucoup appris, maintenant je pense agir.

Un jour, je serai comme eux, et elle : http://dariamarx.com/2013/03/21/contre-la-loi-taubira/

Réponse à M. Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France

Le contexte

Alors que je partageais sur Facebook le lien vers l’article de Yagg sur le livre du mariagepourtous.info qui répond aux arguments des opposants à celui-ci, une connaissance de primaire-collège vint commenter en postant à son tour un lien vers un article du Grand Rabbin de France, M. Gilles Bernheim, sobrement intitulé « Mariage homosexuel [sic], homoparentalité et adoption : Ce que l’on oublie souvent de dire. » Heureusement qu’il est là donc. Ce vieil ami me précise alors qu’il est désolé de ne pas formuler une réponse lui-même, mais qu' »[il] ne [saurait] mieux dire » [sic].

Vous me connaissez, depuis quelques mois, je suis extrêmement fatiguée et touchée par ces polémiques et « débats » stériles, avec des « arguments » qui n’en sont pas, ou sont tout du moins faibles et ne tiennent pas debout. A dire vrai, je fuis toute discussion où je risque de me prendre la tête. Ca tombe bien, mes proches sont pour la plupart très compréhensifs. J’ai dû cependant sortir en vitesse du cours d’Anglais où la prof qui est un peu con-con avait eu la bonne idée d’aborder ce thème là pour une discussion en classe. Figurez-vous qu’elle n’était même pas contre le mariage, mais contre l’adoption, et – d’où le « con-con » – même pas pour des raisons que j’aurais pu considérer comme discutables genre « l’intérêt supérieur de l’enfant » et autres conneries, mais, pire, pour des raisons relevant de la psychologie de comptoir. Au moment où elle a sorti « Mais vous vous rendez compte, deux hommes avec une petite fille, et le lien biologique avec la mère?! », et puis « ils ne sauraient pas comment faire ! », je me suis dit que c’en était assez, je suis partie du cours, sans rien prendre sur moi autre que mon smartphone, en sautant par dessus les tables parce que j’étais coincée entre le mur et ma voisine, et en disant que je n’en pouvais plus, que je ne le supportais plus, et que je revenais dans 10 min, le temps de les laisser finir.

Ce n’était même pas de la colère ou de la tristesse, mais plutôt une espère de claustrophobie, j’étouffais, j’étais oppressée. Je voulais qu’on arrête de me parler de ça. De donner des avis sur moi, mon couple, et ma capacité à fonder une famille ou à élever un mioche. Si au moins c’était des arguments intelligents. Mais non, ce sont pour la plupart des conneries sexistes et hétérocentrées/normées.

Alors qu’a-t-il pu me pousser, cette fois-ci, à sortir de mon retranchement entre-les-miens, à cette isolation communautaire, dans laquelle j’étais à peu près bien? Je ne discutais plus de ces sujets, qu’avec des gens plus ou moins d’accord avec moi, et qui acceptaient que j’en parle. Certes, de temps en temps, on me ramenait sur Terre, parfois un peu brutalement (merci Twitter).

Et bien mon « pote » m’a dit que c’était « honnête intellectuellement ». Comme c’est assez long, je vous laisse lire l’introduction, et vous faire une idée de l’honnêteté intellectuelle dont il s’agit là (ahah).

Au début, j’ai voulu faire ça bien, en honneur à notre amical passé, au fait que je le considérrrrrais comme intelligent (je ne sais pas si c’est toujours le cas…), et au fait que ça semblait discutable et qu’il semblait lui-même ouvert à la discussion. J’ai donc passé un temps infini à lire et écrire sur des pages Word ce que j’en pensais, en essayant de ne pas trop être ironique ou affectif, d’être structurée (la STRUCTUUURRRRR ! hem, pardon, la fatigue) et d’argumenter. Finalement, comme je lui dis plus tard, ça commençait à être vraiment trop douloureux mentalement, trop long pour mon temps libre, et trop énervant (que voulez-vous répondre à des arguments *vides*?!). Donc j’ai arrêté de lire à la moitié, j’ai lu en diagonal la fin et j’ai donné sur FB, en message privé où nous avions poursuivi la conversation, une réponse un peu plus courte, donc évidemment moins argumentée que ce que je voulais faire initialement. Mais ma réponse me contente, et je crois, pour mon bien-être, que c’est le principal.

Ma réponse, copiée-collée telle quelle (les fautes en moins)

Bon j’en suis à la moitié. Ecoute, ça me fait beaucoup de mal, ça me prend beaucoup de temps, parce que j’essaie de te répondre en lisant, et de le faire bien, de manière sérieuse et tout. Mais ça me fait vraiment beaucoup de mal. Je ne suis pas d’accord avec toi (allons, ce n’est pas grave, nous ne sommes pas si proches et ce n’est ni une perte pour toi, ni pour moi, j’ai la chance d’avoir des proches qui sont plus compréhensifs). J’accepte de te perdre de vue, si c’est en ces choses-là que tu crois, et je pense que c’est réciproque. Je t’explique pourquoi j’arrête de lire ci-après.

Ce n’est qu’un ramassis de fantasmes (des mots qui se substitueraient à d’autres, des complots, des lobbys qui cherchent à faire entrer je ne sais quoi dans les moeurs de notre beau pays), de fausses vérités assénées (la généalogie n’est pas naturelle ni biologique, elle est sociale et culturelle et la société change, nulle démonstration anthropologiquement correcte là-dedans, et je ne parle même pas de la psychologie de comptoir).

Ce monsieur, sous couvert d’être aimable, m’insulte et insulte mon « couple » comme il dit si bien, ainsi que ma « famille » si d’aventure je souhaitais en créer une, sans parler de tous mes amis qui selon lui ne seraient pas vraiment « parents » et leurs enfant qui ne seraient pas bien structurés, les pauvres chéri-choux.

Je suis vraiment désolée de ne pas avoir tenue jusqu’au bout, j’ai essayé pourtant. Mais manifestement ce monsieur croit en des choses dur comme fer. Oui, la femme et l’homme sont manifestement sexuellement différents, ils seraient stupide de dire le contraire. Oui, biologiquement, il faut un homme et une femme pour se reproduire (je dirais plutôt un gamète mâle et un gamète femelle), et en ça je veux bien qu’on parle de complémentarité (sans oublier qu’il n’y a pas d’autre solution qu’une femme pour porter le fétus). Mais je me sens moi-même toute seule très complète, merci, et mon « couple » (ahah) n’a nul besoin d’homme pour être complet, merci aussi.

Contrairement à ce qu’on nous assène, notre désir (ou pas) d’enfant n’est pas plus égoïste que celui des couples de personnes de sexes différents. Nous ne souhaitons pas un enfant. Nous souhaitons élever un gamin pour qu’il soit le mieux possible.

La généalogie, la filiation, créations purement sociales et qui changent selon les sociétés auxquelles on s’intéresse et les époques, la structuration, etc. ce n’est pas compliqué pour l’enfant, il s’adapte, comme il s’adapte à des familles monoparentales, recomposées, adopté ou pas (je rappelle, contrairement à ce que dit ce monsieur, qu’on peut adopter en étant célibataire, elle est où sa complémentarité à deux balles, et le besoin de l’enfant de se réconcilier avec la femme-mère qui l’abandonne et autres conneries?). Du moment qu’on l’aime et qu’on lui explique d’où il vient, pas de quoi le déboussoler.

J’ai lu vite fait en diagonale jusqu’à la fin. Ce qui l’horripile, et je veux bien en discuter avec toi, c’est la remise en question de la différentiation des genres. Pour t’expliquer en 3 mots les études du genre (qu’on appelle « gender studies » en anglais, pour faire peur, ça vient des USA alors c’est mâââl, ça inquiète les gentils Français) – bien que je ne sois pas spécialiste : il y a le sexe anatomique (homme et femme, et tout un éventail entre eux, dont intersexué, moi je suis une femme), le genre (qui est ce à quoi s’identifie la personne, encore une fois homme, femme ou entre les deux, je m’identifie plutôt femme), les deux peuvent être différents, on parle, il me semble, de dissonance, ce qu’on appelle être transexuel (on est transgenre, plus large, lorsque le genre auquel on s’identifie est différent de celui qui nous a été assigné à la naissance, en général son sexe), et enfin, l’expression de genre (masculin et féminin, entre les deux on peut parler d’androgynie par exemple, moi je suis plutôt androgyne physiquement, avec une attitude plutôt masculine). Cela n’a, et j’insiste, absolument aucun rapport avec l’orientation sexuelle. A part qu’un trans, lorsqu’il change de genre ou de sexe peut effectivement ne pas appeler pareil son orientation sexuelle (logique) et passer par exemple d’hétéro à gay. Ce sont des études scientifiques et non pas une « théorie » qu’on aurait sortie du chapeau.

Dans les recherches qui sont faites, on regarde ce qui est inné et ce qui est acquis, ce qui est naturel et biologique, et ce qui est social et culturel. On ne remet pas en cause, comme tu peux le voir, le fait qu’il y a des différences objectives entre les hommes et les femmes. Par ailleurs, si on niait la différence entre les sexes, pourquoi ne serions-nous pas tous bisexuels?!

Petite précision sur le terme « queer » qui veut effectivement dire « bizarre » en anglais. Il s’agit d’une réappropriation d’une insulte, de notre part, afin qu’elle perde de son caractère insultant. De même, entre-nous, il arrive fréquemment qu’on s’appelle « pédé » ou « gouine ». Venant d’une personne que je ne connais pas, je le prendrais mal, mais de mes amis « queer », justement, c’est positif.

Ah oui, que je n’oublie pas de répondre sur le mariage comme institution et la protection juridique. La symbolique du mariage, nous ne voulons pas la supprimer, c’est justement pour cela que nous – moi en tout cas – nous battons pour pouvoir nous marier. Et non pas seulement nous unir ou nous pacser. Oui, la législation et les décisions juridiques vont de plus en plus vers les nouvelles formes de familles, mais c’est très lent, et pendant ce temps de nombreuses familles (certes, pas majoritaires, mais je ne vois aucune raison d’être laissés pour compte, pas plus que les Noirs qui étaient eux-aussi minoritaires) sont dans l’incapacité de donner un cadre juridique qui les protège. Certes, des juges autorisent parfois la délégation de l’autorité, mais c’est au bon vouloir du juge, on a beau dire, la justice n’est pas *si* objective que cela, surtout en absence de législation, tu en conviendras…
Une petite infographie sur le genre et la sexualité : http://dwam.tumblr.com/post/39467430176/odeurdesaintete-by-asexual-not-a-sexual-a
Si tu veux d’autres liens, je peux t’en trouver. Mais clairement, si tu es très accroché au concept de différentiation et complémentarité des sexes, ça va être dur de discuter
Bonne nuit !

PS rien que pour vous

Encore une fois je ne suis pas spécialiste, cette réponse est loin d’être complète et parfaite, et il peut y avoir des erreurs sur des sujets que je suis loin de maitriser (transidentitié, études du genre, juridique…), malgré ma lecture assidue de Yagg et des blogs.

Je souhaitais rajouter un lien vers un article de blog de Mme Duru-Bellat, sociologue, que j’ai lu aujourd’hui et qui parlait très bien des études du genre, mais le lien est inaccessible pour le moment. Il aurait apporté des précisions à mes maigres connaissances sur le sujet.

Si je partage cette réponse avec vous, c’est pour compatir la douleur que l’article du Rabbin m’a procurée, et pour que ça serve, un peu. Pour aussi témoigner de ce nouvel affront qui nous est fait, pour que nous n’oublions pas que parmi nos malfaiteurs, il y avait aussi M. Gilles Bernheim.

J’aimerais aussi vous remercier, juste parce que vous m’informez, vous me faites rire, vous existez, vous vous battez pour moi et parfois à mes côtés quand je vous rejoins. Merci les amis !

Et maintenant au lit, bonne nuit !